Essai

Couverture de l'édition broché de l'essai « Qui a peur des vieilles ? » de Marie Charrel, Les PérégrinesCouverture de l'édition poche de l'essai « Qui a peur des vieilles ? » de Marie Charrel, Le Livre de Poche

Qui a peur des vieilles ?

Broché — Les Pérégrines, collection « Genre ! » · septembre 2021 · 272 pages · 20 €
ISBN 979-10-252-0533-4

Poche — Le Livre de Poche · janvier 2024 · 320 pages · 8,70 €
ISBN 978-2-253-24715-9

Vieille : le mot lui-même reste tabou, supplanté par les euphémismes que sont « femme mûre », « senior » ou « aînée ». Dans une société qui vieillit mais qui peine à regarder les vieux en face — et les vieilles plus encore —, Marie Charrel interroge les normes qui rendent les femmes de plus de 50 ans invisibles, mises à l'écart, jugées moins légitimes à entreprendre, diriger, séduire ou désirer.

Mêlant témoignages recueillis auprès de dizaines de femmes, analyses historiques et sociologiques, références culturelles et réflexions sur son propre rapport à l'âge, elle retrace comment les valeurs patriarcales ont façonné notre regard sur le corps vieillissant. Loin des injonctions à la jeunesse éternelle, beaucoup de ces femmes inventent, avec les années, une voie qui leur est propre — entre puissance retrouvée et apaisement.

Autour de l'essai

L'âgisme au féminin : un angle mort

L'âgisme — la discrimination fondée sur l'âge — touche tous les individus, mais avec une asymétrie frappante : les femmes y sont exposées plus tôt et plus durement que les hommes. Des études sociologiques ont montré qu'une femme commence à percevoir les effets de l'invisibilisation sociale dès la cinquantaine, là où un homme peut souvent maintenir, voire renforcer, son autorité professionnelle et sociale à mesure qu'il vieillit.

En croisant âgisme et sexisme, Marie Charrel nomme un phénomène jusqu'alors trop peu abordé en France : le regard spécifique que la société porte sur le corps et la parole des femmes dès lors qu'elles franchissent un certain seuil d'âge.

Les injonctions contradictoires

D'un côté, la culture contemporaine intime aux femmes de « bien vieillir » — de rester actives, séduisantes, utiles. De l'autre, elle leur signifie qu'elles ont passé l'âge de désirer, d'entreprendre ou de prendre la parole dans l'espace public. Ces injonctions contradictoires produisent une forme de double bind : la femme vieillissante est répréhensible si elle laisse trop voir son âge, et tout autant si elle cherche à le masquer.

L'industrie cosmétique et pharmaceutique prospère largement sur cette tension, transformant le vieillissement féminin en problème à résoudre plutôt qu'en expérience à vivre.

Vers une puissance retrouvée

Loin d'un constat purement sombre, Qui a peur des vieilles ? ouvre aussi sur une contre-histoire. Depuis les années 2010, des voix littéraires, académiques et militantes commencent à revendiquer la vieillesse au féminin comme un espace de liberté : libération du regard masculin, des injonctions reproductives, des normes professionnelles. Des récits d'artistes et d'intellectuelles vieillissantes esquissent une autre manière d'habiter le temps qui passe.

Marie Charrel donne à entendre ces femmes qui ont trouvé, passé la cinquantaine, une forme d'apaisement et d'audace — une voie qui échappe aux injonctions comme aux résignations.

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